8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 21:24

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Le CODERST,  Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques du Jura a retoqué par 11 voix contre 1, le projet d’arrêté portant dérogation aux normes de qualité  de l’eau  distribuée par le puits des Toppes du syndicat du Recépage à Tavaux. Belle unanimité pour refuser la proposition de  l’ARS, agence régionale de santé qui, plutôt que de déclarer non conforme cette eau qui ne respecte pas la législation , propose de la déclarer officiellement conforme par arrêté.   

 Cette dérogation, qui concerne 13 communes et 13 000 habitants est demandée pour trois ans en attendant d’hypothétiques progrès des mesures agroenvironnementales  envisagées pour  préserver la ressource.

 

Les résultats des prélèvements du puits des Toppes  montrent une contamination  récurrente avec des teneurs en nitrates élevées et la présence de nombreux pesticides,  certains dépassant les limites .

-   bentazone : herbicide pour les grandes cultures et les légumes

-   métachlore : herbicide à usage agricole

-   fomesafène ; herbicide agricole dont l’utilisation est interdite depuis 2007 ;

utilisé pour les haricots et le coza, aujourd’hui traités avec plusieurs autres molécules dont la bentazone.

-    diuron, herbicide interdit depuis 2008

-   déséthylatrazine, métabolite de l’atrazine, herbicide interdit depuis 2003….

 

A l' occasion de ce CODERST, nous avons découvert  une nouveauté.

 

 Depuis février 2011, une instruction de la Direction Générale du Ministère de la Santé, prise dans la plus grande discrétion, a  modifié les normes  en multipliant par cinq les seuils en vigueur, tolérant ainsi des quantités de pesticides cinq fois plus importantes dans l’eau. 

 

        L’ ARS  propose  donc de porter à:

-         0,5µg/L la molécule  bentazone au lieu de 0,1µg/L

-         0,3µg/L  la molécule métachlore au lieu de  0,1µg/L

-         - 0,3µg/L  la molécule fomasène au lieu de 0,1µg/L

-         et à 1 µg/L pour la somme des pesticides quantifiés au lieu de 0,5µg/L

 

Avec les Conseillers généraux et plusieurs membres du CODERST présents nous avons argumenté notre position défavorable à ce projet d’arrêté. Il faut trouver d'autres solutions comme l'alimentation des 13 communes en totalité par le puits de captage de l'aérodrome qui,  lui, n'est pas pollué.

J’ai fait part de mon étonnement à l’ingénieur de l’ARS :

« Comment pouvez vous écrire :  les  limites de teneur en pesticides fixées par la directive européenne ne sont pas fondées sur une approche toxicologique et  n’ont aucune signification sanitaire .

On ne peut  laisser dire  que  la consommation d’une eau contaminée par la bentazone et le métachlore à des taux supérieurs fixés par une dérogation, ne présentent aucun risque pour la santé. 

 

On ne peut prendre le risque de laisser  les usagers consommer une eau  non conforme  et les exposer pendant trois ans à des dépassements de normes, fussent-ils  autorisés.

 

On ne peut  laisser dire  qu’il n’existe aucune alternative à l’utilisation du bentazone et du métolachlore, herbicides,  dans le périmètre même de protection du puits des Toppes,  parce qu’on y cultive des légumes. Beaucoup de collectivités ont trouvé  des solutions comme l' agriculture biologique ou le pâturage dans les périmètres de protection des captages.

Depuis 2009, le Conseil général finance les études et les travaux relatifs à cette protection des captages et  consacre beaucoup d'argent à la qualité de l'eau. On ne peut aller à l ‘encontre des préconisations du SDAGE , schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, qui a inscrit ce captage dans ses priorités.

Le  précédent gouvernement a pris l’engagement, lors du Grenelle de l’environnement, de réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici 2018. C’est ainsi que trente produits phytopharmaceutiques parmi “les plus préoccupants” ont été retirés en 2008 et dix pesticides interdits  en 2010 dans l’objectif de “Généraliser les pratiques agricoles soutenables et productives.”

Accepter aujourd'hui , cette dérogation en l'état serait un net recul pour le Jura, nous ne pouvons en prendre la responsabilité.

 

C'est un problème de santé publique notamment pour les nourrissons et pour les enfants. La toxicité de ces substances et leur effet "coktail"  restent plus ou moins connus pour l’écosystème et l’être humain. Il est temps de cesser de jouer aux apprentis -sorciers et  que l 'ANSES , agence nationale de sécurité sanitaire fasse valoir  pour l'eau,

 le "principe de précaution" plutôt que le principe de dérogation!

 

 

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Published by Danielle Brulebois - dans POINTS DE VUE & TÉMOIGNAGES