21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 23:35
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Pour combattre la fracture numérique et couvrir les nombreuses zones blanches du département, le Conseil général décida, en 2005, de construire et de commercialiser son propre réseau de haut débit.

Il  s’engageait ainsi dans un projet de réseau d’initiative privée(ROIP) plutôt que de coopérer avec France Télécom, l’opérateur historique.

 

En 2006, un  appel d’offres fut lancé afin de confier cette responsabilité à un délégataire par délégation de service public.

 En 2007, CONNECTIC 39 (groupe  composé  à 81% d'Eiffage, spécialisé dans l’infrastructure et la liaison fibre optique et à 19% d’Altitude Telecom , chargé de mettre en relation les opérateurs) devint le délégataire du Conseil général.

 

Le cahier des charges répartissait les financements : 28M€ pour  le Conseil général  et

12 M€  pour Connectic 39.

 L’objectif était d’obtenir dès 2009 une couverture de deux mégabits sur tout le Jura avec un réseau  mixte, fibre optique et Wimax.

 

L’ architecture du réseau serait constituée

-    de 450 km de fibres optiques  et de faisceaux hertziens (48 stations ou points hauts)pour la collecte

 - et  de fibres optiques, de technologies filaires (DSL) et hertzienne (WiMax)pour la desserte.

 

 

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Le réseau devait être réalisé en 18 mois, en une seule tranche et livré fin 2008 . Exploité par concession pendant vingt ans par le délégataire,  il devenait ensuite propriété du Conseil général.  

Au gui , l’an neuf, l'an 2009 fut proclamé haut et fort  « année du haut débit dans le Jura» 

   En février,suivit  une  inauguration officielle du Wimax à Jouhe,  avant  que le réseau ne soit achevé.

Mais les mois passèrent et  la  livraison finale se fit attendre , le Conseil général s’impatienta et mit Connectic 39 en demeure de remplir ses engagements.

 Dès l’ automne 2009, ce fut  la fin de la lune de miel entre les deux partenaires, différends et réclamations se multiplièrent .

 

 Les Conseillers généraux organisèrent des réunions dans leurs cantons , mais Connectic 39 avait  peu de réponses à apporter aux doléances des Jurassiens privés de haut débit : ils n’avaient qu’à vérifier eux mêmes leur éligibilité  au Wimax et appeler les fournisseurs d’accès : Altitude Télecom, Luxinet, Numéo…

ou s’abonner par satellite....

 Je me souviens avoir fait venir, dans le canton de Chaumergy,  le camion Altitude Télecom équipé d'un  mât  testant l’éligibilté Wimax.

 Les techniciens, personnels intérimaires venant d’un autre département, firent laconiquement le constat que les forêts et les vallons faisaient barrage aux ondes .

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 Mais pas question pour Connectic de mettre des antennes supplémenaires.

Les habitants n’avaient donc qu’un recours, le satellite avec ses inconvénients.

D’ailleurs le WiMax n'a pas bonne presse dans le Jura et nombre d'élus et d'habitants  critiquaient cette technologique.

Le groupe de gauche ( actuelle majorité) a proposé de compléter la desserte haut débit de Connectic 39  par une solution filaire via la boucle locale cuivre de base de France Télécom : l’ offre nommée “NRA Zone d’ombre” (NRA ZO). Cette  solution,  qui visait à garantir un haut débit minimal sur l’ensemble du département, et à répondre aux légitimes attentes des Jurassiens  dans leur utilisation quotidienne, privée ou professionnelle d'internet, fut refusée car non inscrite dans la délégation de service public de Connectic 39.

                  

Le délégataire étant souvent injoignable, le Conseil général dût  embaucher trois jeunes « ambassadeurs du web . »

 En contrat précaire d’un an, ils étaient  chargés d’aller expliquer internet à la population et de faire la liaison avec CONNECTIC 39 . Dans les mairies, ils ont même dû demander aux maires de renseigner les cartes de leurs communes en matière de couverture en haut débit.

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Pour réduire les injustices de coût d'accès au haut débit,  le Conseil général vota

 300 000 € de soutien à la commercialisation de la technologie Wimax.

 Les frais d’accès au Wimax sont en effet beaucoup plus chers pour l’abonné que l’accès filaire, technologie ADSL.  Des subventions pour le kit de connexion ou pour sa pose ont été versées  aux abonnés les plus chanceux.

 

 Mais malgré tous les efforts du Conseil général, les sujets de conflit  se multiplièrent : zones non couvertes,  service Wimax surchargé ou défaillant, difficultés de commercialisation , demande de rallonge budgétaire du délégataire…

 

Les choix faits par Connectic39 ne s’avèrent  pas aussi rentables qu'espéré.

Dès 2009 le rapport d'activité  fait état d'un important déséquilibre entre les résultats d'activités et le plan d'affaires. Ni la commercialisation du réseau, ni la vente de fibre optique aux entreprises n'ont  atteint les  objectifs fixés.

Un consultant, SECTIS, a été  chargé par Connectic39 d'analyser la situation, ses conclusions sont pessimistes.  

Avec seulement 625 clients abonnés, un chiffre d’affaires en dessous de 0,4 M€ au lieu des 4 M€  prévus et des pertes cumulées qui s’élèvent à  plus de 5 M€ c’est un véritable échec commercial.

Ce qui a amené  Connectic 39  à demander la renégociation du contrat, puis sa résiliation en octobre 2011.

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 Le délégataire comptait sur sa concession de 20 ans pour  faire fructifier  son investissement  de 12M€.

 Mais la réussite reposait sur le postulat – hasardeux, à l’ère de l’ultralibéralisme -

que les deux grandes agglomérations Dole et Lons ne s’engageraient jamais dans leur propre réseau.

Compte tenu de la topographie rurale et montagneuse du Jura , la rentabilité des zones urbaines les plus peuplées devait  ainsi compenser le manque à gagner dans les zones les moins denses.

 

 Mais  dans son  programme national de très haut débit , en 2010,  le gouvernement précédent a encouragé et favorisé les investissements privés, par une stratégie  qui permet aux opérateurs de choisir les marchés les plus rentables.

 Pour le Jura celà se concrétise par l' annonce du déploiement de la fibre optique par France Télécom et SFR  son co-investisseur.

 Ils ont préempté pour le FttH ( la fibre optique jusqu’à la maison)  dans l'agglomération de Lons et la commune de Dole, où le cuivre sera remplacé par la fibre optique d'ici 2020. Ces intentions d'investissements ont été validées par le Commissariat Général à l'Investissement et par l'ARCEP.

Sous peine de ne plus obtenir de subventions de l'Etat, le Conseil général a dû se doter d' un schéma directeur territorial d'aménagement numérique ( SDTAN) en janvier 2011.

Ce document, validé par l'Etat et le Préfet de Région, a été établi par le bureau d'études TACTIS. Il doit intégrer les deux zones attribuées aux investissements privés des opérateurs. Les bassins lédoniens et dolois les plus denses et les plus rentables sont donc réservés aux opérateurs privés,  les initiatives publiques en sont exclues. L'espoir d'une péréquation des coûts à la prise entre secteurs ruraux et urbains s'envole. Le plan d'affaires de Connectic 39 est ainsi fortement impacté.

 

 

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Et l’écueil prévisible, le marché livré à la seule recherche du profit, enlève aujourd'hui toute perspective de jours meilleurs à Connectic 39.

Alsatis  a aussi remporté le marché des deux projets pilotes de fibre optique lancés par le SIDEC dans le Jura, avec les fonds Feder, soit plus de 1300 lignes concernées.

  En privilégiant toujours la concurrence par les infrastructures, y compris au niveau de la desserte, seuls les opérateurs les plus puissants peuvent investir ou co-investir. 

 

Aujourd’hui une collectivité qui investit des fonds publics dans un réseau public n’a aucune garantie que les grands opérateurs viendront utiliser ce réseau pour fournir le service haut débit aux citoyens.

 Et la politique adoptée durant les années passées  laisse le champ libre aux opérateurs dans les zones à fort potentiel sans même leur imposer un calendrier, alors qu'elle contraint les collectivités à assumer la charge des déploiements les plus coûteux et les moins rentables dans les territoires ruraux.

  

  Le projet Connectic 39  devait être une chance pour notre département, il  s’est  transformé en gouffre financier par manque de clairvoyance et d’anticipation.

 Aujourd’hui le divorce est d’actualité.

Il fallait s'y attendre: le précédent gouvernement a attisé une guerre de tranchée coûteuse et stérile  entre les collectivités et les opérateurs.

 

  Le rôle de l’Etat est plutôt de favoriser les synergies et  les complémentarités entre les acteurs et de veiller à la solidarité entre les territoires.

 Le département se tourne aujourd’hui vers d'autres technologies en expérimentant la montée en débit sur plusieurs sous répartiteurs et le déploiement de la fibre optique par étapes, en commençant par apporter un vrai haut débit à ceux qui n'ont rien.

La Ministre Fleur  Pellerin a souligné cette semaine, lors du colloque de l’AVICCA (l'Association des Villes et Collectivités pour les Communications électroniques et l’Audiovisuel) que la fibre "pour tous doit être la règle et le mix technologique l’exception".

 Elle a  également annoncé un plan "Delta Fibre", en référence au plan "Delta LP", qui avait permis, dans les années 70, de combler le retard français dans la téléphonie fixe. Les  départements ruraux comme le Jura peuvent enfin espérer un jour panser la triple plaie du précédent programme national et espérer un triple play qui réunira enfin  l'Etat, les collectivités et les opérateurs dans un modèle économique responsable et solidaire.

  

 

 

 

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Published by Danielle Brulebois - dans CONSEIL GÉNÉRAL DU JURA