2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 23:33
Non à la pêche professionnelle dans le Jura. Lettre ouverte à Madame Ségolène Royal, Ministrede l'Environnement.

Danielle Brulebois
Conseillère départementale du Jura,
8, rue des Petites Fouilles
39230 Chaumergy.


à


Madame Ségolène Royal,
Ministre de l'Environnement, de l' Énergie et de la Pêche,
Tour Séquoia
92055 La Défense Cedex






Madame la Ministre,



Je tiens à attirer votre attention sur l'inquiétude suscitée par le nouveau décret pêche, auprès des pêcheurs amateurs et des élus de notre département concernant le volet de la pêche professionnelle.
L'arrivée de celle-ci est rendue possible dans le Jura, lors du renouvellement des baux de pêche du domaine public à compter du 1er Janvier 2017.
Nous apprenons que le lac de Vouglans fait l'objet de demandes de pêcheurs professionnels malgré son classement en première catégorie, ainsi que d'autres lots de 2ème catégorie: lac de Coiselet, Doubs navigable, rivière d'Ain et Bienne.

L'installation de la pêche professionnelle aurait des conséquences funestes pour nos milieux aquatiques.

Notre département a connu par le passé une expérience malheureuse avec l'implantation d'un pêcheur professionnel imposé en 2007 par VNF, voies navigables de France, sur le Doubs. Après avoir prélevé plusieurs tonnes de poissons par an et épuisé la ressource, il a déposé le bilan et détruit l'emploi créé.
En 2011, en raison de la présence de pyralènes et autres PCB dans le Rhône, il avait été question de réinstaller des pêcheurs professionnels dans le Jura. Une forte opposition, justifiée par le contexte local ainsi que par les études techniques et scientifiques, avait conduit à écarter cette solution.

Aujourd'hui, l'état des milieux aquatiques du Jura est préoccupant, malgré les efforts des pêcheurs bénévoles qui oeuvrent à la protection de la faune et à la restauration d'écosystèmes souvent dégradés, perturbés et déséquilibrés.
Plusieurs espèces piscicoles de nos cours d'eau et lacs sont en grand danger, en particulier les carnassiers: brochet, truite, ombre, sandre. Leur vulnérabilité ne permet pas une exploitation professionnelle, avec des engins industriels et non sélectifs.

Le débit des rivières jurassienne est très faible en été. Leur fort étiage entraîne une mortalité récurrente des poissons, malgré la veille des sociétés de pêche et les investissements des contrats de rivière.

Le Conseil départemental a fait beaucoup d'efforts pour préserver et valoriser ces espaces naturels sensibles.

Des investissements importants ont permis d'y développer une stratégie de tourisme vert et durable: randonnée, sports de nature, activités nautiques, aviron, natation, voile, plongée, pêche amateur, pêche sportive...

Pour ce qui est du lac de Vouglans, notre collectivité a acheté des ports, aménagé les rives, équipé la base nautique de Bellecin où viennent s'entraîner les équipes nationales. Toutes l'année de nombreux clubs, associations, établissements scolaires, étudiants et touristes y séjournent.

Le lac de Vouglans est un lac artificiel à vocation hydroélectrique, le deuxième en superficie après Serre- Ponçon, lac où la pêche professionnelle n'a pas été autorisée. Selon les besoins d'EDF son niveau fluctue en fonction des lâchers d'eau et des variations de débit.
La pêche amateur y est interdite la nuit.

Les eaux profondes et les berges minérales ou marneuses sont inhospitalières. Elles ne favorisent guère la reproduction, les frayères et les branchages sont rares. L'alevinage des sociétés de pêche constitue l'essentiel de la ressource, qui demeure très fragile.
En prélevant des espèces de manière démesurée par rapport aux possibilités du milieu, avec les effets dévastateurs des filets maillants et la perturbation mécanique sur l'habitat, la pêche professionnelle aurait des effets désastreux sur l'écosystème très sensible du lac.

D’un point de vue socio-économique, il serait catastrophique de favoriser la pêche professionnelle au détriment de la pêche de loisir.
Pour quelques emplois créés, de nombreux autres seraient sacrifiés.
La pêche amateur génère des retombées économiques indispensables à nos territoires. Elle crée de la richesse et apporte une activité importante avec des milliers d'emplois liés aux commerces, aux magasins de pêche, à la production de fournitures, de céréales, à l'accueil des touristes, gîtes, chambres d'hôtes, campings, restauration.

D'autre part, au sein de leurs structures associatives, les pêcheurs amateurs contribuent efficacement à l'éducation et à la sensibilisation à l'environnement.
Leurs milliers de bénévoles participent gratuitement à l'entretien, à la restauration physique et écologique des cours d'eau.

Dans le Jura, la Fédération et les Associations de pêcheurs amateurs travaillent sans relâche à la conservation et à la diversité du milieu aquatique. Ils s'attachent à le protéger, dans un esprit citoyen responsable, respectueux de l’environnement et du développement durable.
Ils ont une expertise fiable et sérieuse en raison de leur expérience et de leur connaissance fine de nos milieux aquatiques.
Il est indispensable de les soutenir, de les encourager et de prendre en compte leur opposition à la pêche professionnelle.

Je voudrais aussi souligner un paradoxe qui semble avoir échappé aux différente lois, en particulier à la loi de modernisation de l'agriculture en 2010.

Dans le Jura il existe une autre sorte d'aquaculture, complètement abandonnée, la pisciculture d'étang. Les pisciculteurs sont en grandes difficultés, ils cessent les uns après les autres leur activité parce qu'ils ne trouvent ni débouchés ni filières pour vendre leurs poissons.

Pourtant les poissons d'étang sont sains et savoureux, ils ne contiennent ni pesticides, ni PCB . Ce sont les mêmes espèces que celles qui semblent avoir grand attrait pour la pêche professionnelle: carpes , tanches, brochets, perches, gardons, sandres, black bass...il y a là un gisement d'emplois potentiels autrement important que celui, insignifiant et très aléatoire de la pêche professionnelle en lacs et rivières.

Faute de pisciculteurs, les étangs du Jura sont en péril. Pourtant ces milieux jouent un rôle de premier plan dans le cycle de l'eau par le soutien des étiages, par leur richesse écologique et biologique et par leur fonction de filtres.

Une réflexion concertée avec la Fédération et les Associations de pêche, les élus et les partenaires économiques est nécessaire au niveau départemental.

Je sais que nous pourrons compter sur l'attention de Monsieur le Préfet, Monsieur Jacques Quastana, et sur l'expertise de ses services pour faire valoir les intérêts environnementaux et économiques de notre département.
Je vous fais confiance, Madame la Ministre, pour entendre nos arguments qui vont dans le sens des autres avancées, positives, voulues par votre nouveau décret pêche.


Je vous prie d'agréer, Madame la Ministre, mes respectueuses salutations.


Danielle Brulebois,
Conseillère départementale du Jura.



Non à la pêche professionnelle dans le Jura. Lettre ouverte à Madame Ségolène Royal, Ministrede l'Environnement.

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Published by Danielle Brulebois